Préparez sa relève ne fait pas mourir... tout au contraire

De la même façon qu’acquérir une assurance-vie ne fait pas mourir, préparer sa relève ne pousse le fondateur vers la sortie les pieds devant ! Et c’est en s’y prenant tôt que les résultats sont les meilleurs. Paradoxal ? Non. Voyez plutôt.

Il y a quelques mois, j’assistais à une rencontre qui réunissait des familles d’entrepreneurs sur plusieurs générations. C’était chez PWC. Parmi les conférenciers, Valérie Parent de l’École d’entrepreneurship de Beauce parlait de relève et de transfert. Familial ou pas.

 

Après cinq ans de bagage, de formations entre pairs basées sur l’expérience, et les cinq programmes qui vont de l’éveil de l’entrepreneur jusqu’à son transfert, c’est sur beaucoup de savoir développé à l’EEB qu’elle s’appuyait.  

 

Quelques chiffres

 

  • Saviez-vous que le tiers des entrepreneurs a 55 ans et plus ?  
  • Que les deux tiers ont plus de 45 ans ?
  • Que 85 % des entreprises en Amérique du Nord sont familiales ?
  • Qu’elles génèrent 70 % de l’emploi ?
  • Que disent ces chiffres ? Que ne disent-ils pas ? 

 

Derrière les chiffres, des personnes

 

La bonne nouvelle c’est que la majorité des entrepreneurs sont des gens de grande expérience.

 

La moins bonne, c’est que la plupart de ces entrepreneurs sont les fondateurs de leur entreprise et qu’ils n’ont tout simplement pas de culture de transfert entrepreneurial sur laquelle s’appuyer.

 

J’y vais ou j’y vais pas ?

 

Ce qui explique que plusieurs, croyant que ce sera facile, ne s’en occupent tout simplement pas.

 

Mais que plusieurs autres, croyant que ce sera difficile — parce que la relève n’est pas prête, parce qu’ils ont des soucis financiers ou administratifs plus urgents, parce que le sujet est trop chargé d’émotion — repoussent le moment d’aborder la réflexion, de jeter les bases d’un transfert.

 

Pourtant, chiffres à l’appui, on sait qu’en vieillissant les entrepreneurs développent moins de stratégies de croissance, que 28 % des chefs d’entreprise de 55 ans et plus optent pour le statu quo.

 

On sait aussi que plus l’entrepreneur vieillit, plus il envisagera de quitter son bateau précipitamment, peut-être sans avoir obtenu la contribution escomptée pour la valeur de son entreprise, jugée moins compétitive qu’il fut un temps. De cette valeur dont découlent souvent ses revenus de retraite…

 

La solution est ailleurs

 

Il semble qu’entrer suffisamment tôt dans le processus du transfert permet de ne pas être dans l’urgence d’accepter l’inacceptable ou de décroître.

 

Cela permet aussi de faire évoluer son rôle à travers de nouveaux objectifs tout en permettant à d’autres, enfants ou non, d’apprendre à gérer une entreprise qui n’en est plus à ses débuts.

 

Le temps ainsi donné à chacun, dont le fondateur, permet à son tour de s’investir profondément, dans toute sa compétence.

 

Il n’y a pas de façon de faire unique. Mais toutes les entreprises ont à gagner en s’y prenant tôt, avant même qu’un éventuel changement de direction soit dans l’air.

 

Bâtir ensemble pour une entreprise pérenne

 

Comme le rappelait ce soir-là Guy Michaud, fondateur de Genacol, ambassadeur de sa marque à l’international, et président du Conseil : « Les enfants ne sont pas nous. Ils peuvent amener l’entreprise à un niveau autre puisqu’ils n’ont pas commencé à zéro. »

 

Chez eux, ils apprennent à conjuguer capital humain et capital financier. À travailler de concert à faire de la compagnie un patrimoine vivant, différent de l’héritage. « On bâtit ça ensemble », conclut-il.

 

Ça donne à penser, n’est-ce pas? Et vous, comment préparez-vous le transfert de votre entreprise ?


Isabelle Quentin est maître-éditeur et experte-conseil en contenus de communication.

Illustration de Art Wolfe, Feathers, 2010.