Oser. Foncer. Ce qui nous amène à poursuivre.

On me demande souvent ce qui m’a poussé à tenir le coup, à franchir les caps dans un univers professionnel en mouvance rapide. Trois clefs.

UNE

 

La première tient à mon éducation. Appelons-là la confiance. Chez moi, mes parents nous répétaient sans cesse ces deux credos : «Si tu veux, tu peux» et «Il y a une solution à tout». Pas besoin de vous dire qu’on ne ratait pas souvent l’école, qu’on ne baissait pas souvent les bras et que mes trois frères et moi sommes tous devenus entrepreneurs.

 

Bien sûr, une fois adultes, on s’est rendu compte que parfois, même quand on veut, on ne peut pas. Et que parfois, il n’y a pas de solution. Mais vous conviendrez que c’est très rare. Et que si on se lève tous les matins avec la conviction profonde que «Si tu veux tu peux» et qu’«il y a des solutions à tout», tu as de fortes chances de venir à bout de n’importe quel défi, de n’importe quel obstacle, bref, de réussir. 

 

DEUX

 

La seconde clef découle de la première et tient à mon caractère et à mon expérience. Appelons-là le courage. De nature douce, j’ai la colère du juste. Devant les coups du sort, l’injustice, la malhonnêteté, l’imbécillité, le machisme… et j’en passe.

 

Cette colère est un moteur. Le moteur de mon endurance. Comme un tracteur qui sillonne sans faillir le champ qu’il laboure. Je dis souvent, à la blague, que c’est là le résultat de mon karma! Je suis une impatiente endurante.

 

Aussi, c’est avec empressement et une relative obstination que je n’abandonnerai jamais avant d’avoir cherché et validé toutes les options, retourné toutes les pierres, ensemencé tous les sillons de ma terre, qui est mon terrain de jeu, mon terrain de vie, mon terrain de joie, mon terrain de travail. Après, seulement, je pourrai lâcher prise. S’il le faut. La plupart du temps, je n’aboutis pas à un abandon, mais plutôt à une nouvelle étape de vie plus riche, mieux centrée, recadrée. C’est valable pour les sphères professionnelle ou personnelle. Après tout, on est toujours la même personne, même tête, même cœur.

  

TROIS

 

De la troisième clef, on entend moins souvent parler. Il s’agit de la jeunesse. Je m’explique.

 

Je dis souvent que je suis une vieille adolescente… Qu’est-ce que je veux dire au juste? En fait, je parle d’énergie. D’énergie et d’ouverture. Devant un problème, je pense comme je pensais à seize, vingt ans, comme si j’avais toute la vie devant moi pour arriver à mes fins et une énergie d’enfer. Ça me libère de la peur paralysante de perdre mes acquis, ma stabilité, d’avoir l’air fou, incompétente, ou déraisonnable… Ça me donne l’élan de bouger, d’oser. Ça me place en situation de totale créativité en ouvrant la vanne de mon cher inconscient. Le savez-vous? C’est là que se trouvent les solutions.

  

Moi je parle d’énergie, de jeunesse, de passion, mais d’autres, parlent de flow, le flux, cette capacité de rester concentrés, attentifs sans effort, d’être dans son courant. Ça n’est pas si loin que d’être dans la lune, non? Comme les enfants. Est-ce que ça vous arrive encore de ne pas voir le temps passer? C’est souvent un très bon signe. Un signe de vitalité.

 

Et, au jour le jour, pour rester en état d’alerte, de réceptivité, je m’entoure de personnes de tout âge que j’écoute vraiment —ce qui ne m’empêche pas de faire à ma tête. Je visite des expositions, je marche des heures à travers la nature en ouvrant les yeux et les narines, j’enfourche ma moto ou ma mini pour partir là où il y a du vent, je ne suis pas les cartes routières et je me perds volontairement pour découvrir je ne sais quoi. J’emprunte un chemin à l’aller et un autre au retour dans presque tous mes déplacements depuis l’enfance. J’apprends de tout et de tous, tout le temps, et ça multiplie mes options, mes choix, mes ressources.

 

Ça n’est pas étonnant que je sois devenue éditeur de livres pratiques, d’essais, d’histoires d’entreprise, d’ouvrages inspirants et intelligents. Que je m’entoure de gens d’idées et de gens qui réalisent leurs idéaux. Ça n’est pas étonnant que je ne sois pas prête à abandonner facilement un métier si exaltant.

 

La jeunesse, ma clef préférée, c’est rester dans la vie. Plus que ça. C’est P-A-R-T-I-C-I-P-E-R à la vie. Et ça donne des rides joyeuses. Alors, il ne faut pas se priver!


Isabelle Quentin est maître-éditeur et experte conseil en contenus de communication.


Illustration Véronique Dumas. Tiré de Nature humaine, Jocelyn Pinet. Isabelle Quentin éditeur.