La conduite des réformes, ce n’est plus optionnel! La gestion stratégique du changement

1ère partie: Tendances lourdes des changements globaux et la nécessité de réforme

Les exigences souvent antagonistes de croissance et de maintien d’une stabilité sociale et la pression additionnelle croissante des changements globaux ont mis les gouvernements sous pression de conduire des réformes. Si les managers attendent de voir les impacts des changements globaux sur l’économie nationale pour comprendre les forces extérieures en mutation, ils ne pourront que faire le constat des opportunités définitivement ratées.

La gestion du changement stratégique organisationnel  est au cœur de la conduite réussie des réformes. Le constat que « 9 stratégies sur 10 échouent à cause d’une mauvaise exécution de la stratégie » (Forbes 2012), ainsi que la constance des réformes requièrent des organisations de se doter d’une plateforme de gestion du changement stratégique. Elle supporterait la formulation de la stratégie de changement, sa bonne exécution et la durabilité des bénéfices du changement tout en  permettant l’implantation d’une philosophie de gestion de la performance.

Nous tenterons de clarifier  cette thématique des « réformes » selon  trois perspectives clés pour ceux qui décident et ceux qui  implantent les changements stratégiques indissociables des réformes :

- Tendances lourdes des changements globaux et la nécessité de réforme

- Caractéristiques particulières des grandes réformes

- Plateforme pour le changement stratégique


1. Tendances lourdes des changements globaux et la nécessité de réforme

La combinaison des ruptures technologiques, la croissance rapide des marchés émergents, le vieillissement généralisé de la population et le recul de natalité (même en Afrique), ainsi que l’urbanisation galopante et la crise environnementale sont autant de changements requérant des ajustements au niveau des paradigmes, moteurs des pratiques de management, de la prise de décision et du champ géographique pour le développement et l’exécution des stratégies de changement. Le fameux slogan « penser globalement et agir localement » est totalement rejoint par la réalité.

L’accélération des innovations technologiques et la multiplication des domaines d’application déterminent  le tempo ainsi que les caractéristiques d’une nouvelle ère qui se profile. Les pays émergents particulièrement sont en mode « chantier » pour saisir les opportunités résultant de ces tendances globales et contribuent  ainsi au basculement géographique de l’activité économique, Ouest – Est, devenu évident.

Mener les réformes nécessaires et briser l’inertie des « institutions développantes» locales sont des thèmes de concentration d’efforts des pays émergents, ou désirant l’être,  pour se connecter à une nouvelle classe de concurrents mondiaux. Il en est de même pour leurs régions et leurs villes qui elles-mêmes sont en concurrence.

Pressions globales et locales pour les changements stratégiques

Les défis dus aux tendances lourdes de changements structurels globaux ont conduit  les gouvernements à lancer des réformes majeures dans tous les secteurs. De ce fait, les différents niveaux de gouvernements - nationaux, régionaux ou locaux - notamment au niveau des villes, sont confrontés dans le contexte de ces changements à deux pressions combinées.

D’une part, ils ont la nécessité de rester globalement compétitifs, pour les pays les plus avancés, ou celle de ne pas rater le tournant et de prendre leur part des opportunités générées par le changement, pour les pays émergents. Ces derniers doivent pour le moins  se positionner en tant que:

  • Place d’affaires attractive, en compétition avec les autres pays, régions ou villes,
  • Maillon à valeur ajoutée dans la chaîne de valeur globale en mutation continue dans tous les secteurs.

D’autre part, ils ont la nécessité d’améliorer la performance du secteur public. En effet, couper dans les services et augmenter les taxes et impôts restent une réponse courante mais qui a démontré ses limites dans beaucoup de pays, étant donné ses impacts économiques et sociaux.

Les gouvernements, tant pour faire face aux changements globaux qu’il faut transformer en opportunités, que pour sortir de la boucle « pression fiscale et malaises sociaux », procèdent à des réformes sans compromis qui mettent à haut risque le long terme.

Les réformes ayant abouti à une amélioration dramatique de la productivité du secteur public ne sont pas des légendes urbaines. À titre d’exemple, des réformes importantes ont été réalisées au Canada, au niveau du fédéral et des provinces, sous le slogan « faire plus avec moins », au lendemain de la récession économique mondiale du début des années quatre-vingt-dix. Elles ont démontré clairement que le secteur public peut être aussi performant que le secteur privé dans la réalisation de grandes transformations d’affaires et atteindre un niveau de productivité ne souffrant d’aucune comparaison. Ces réformes sont menées de manière quasi continue, ce qui a doté les administrations d’une grande agilité pour faire face au changement, seul facteur constant par ces temps.

Une administration publique à faible productivité est incapable de fournir des services satisfaisants. Elle coûte plus cher pour son opération, « fait moins avec plus »,  génère un coût social important et grève la propension à la consommation ou à l’épargne de ses clients-citoyens. Enfin, elle impacte négativement l’image internationale du pays en tant que place pour faire des affaires.

Une étude faite au niveau des pays du G8 (McKinsey) a démontré qu’une amélioration annuelle de 1,5% de la productivité du secteur public, à l’instar de ce que fait le privé, peut générer des bénéfices de l’ordre de mille milliards de US $, ce qui équivaut à 1,5 à 2,5 % de leur PNB combiné.

C’est une économie substantielle qui peut être allouée à la réduction du déficit budgétaire, de la dette, de la pression fiscale ou à améliorer les services ou les conditions de travail des employés.

Les missions, les valeurs et l’organisation des administrations doivent continuellement être revues dans une perspective d’alignement sur leur contexte politique, économique et social en mutation ainsi que sur les changements au niveau global.

Les réformes doivent être pensées et conduites selon des principes de développement durable. Tout programme de réforme doit résulter en la mise en place d’une administration performante et équilibrée avec :

  • Une mission et une vision d’affaire développées inclusivement pour tenir compte de la « voix » de ceux qu’elle sert, les clients-citoyens et les parties prenantes
  • Une imputabilité claire basée sur la mesure de la performance et un système de gouvernance pour assurer l’exécution de la stratégie
  • Des processus administratifs standardisés alignés sur la vision et la stratégie d’affaire, et optimisé grâce au levier technologique
  • Une gestion effective du développement des biens immatériels tels que le capital humain, le capital organisationnel et le capital informationnel

    (À suivre parties 2 et 3)