L’intrapreneur(e), un entrepreneur au service des projets des autres

J’aime bien le sens premier, ou ancien, d’entrepreneur. L’entrepreneur est une personne qui entreprend quelque chose. J’ajouterais qui est entreprenante. Qui ne peut s’empêcher d’entreprendre. C’est sa nature.

L’intrapreneur, mot relativement récent qu’on attribue à Gifford Pinchot (1985), recouvre différentes réalités, comme on le verra ici. Mais selon la même logique, j’aime le présenter comme un entrepreneur au service des projets des autres.

  

Entrepreneur et intrapreneur, un même profil?

 

Un entrepreneur ne fait pas nécessairement un bon intrapreneur et un intrapreneur ne fera pas nécessairement un bon entrepreneur. Mais il arrive qu’on passe de l’un à l’autre avec plaisir et succès, comme j’ai moi-même eu l’occasion de le faire plusieurs fois; permettez-moi donc de parfois me prendre en exemple.

 

Un entrepreneur est voué tout entier à la réalisation de ses projets, de ses produits. Il en assume les risques et pilote son navire. C’est ce que je fais comme éditeur.

 

Un entrepreneur-intrapreneur est une personne qui a autant de satisfaction à développer les projets de clients, d’homologues ou d’entreprises que ses propres projets. Bien évidemment, ses valeurs doivent être très proches de celles de son hôte, lequel doit en outre lui offrir l’espace et la liberté nécessaires au développement du projet qu'il lui confie.

  

L’implantation de filiales, de départements, de nouveaux produits

 

J’ai installé en tant qu’intrapreneure des départements ou filiales pour d’autres entreprises, notamment un nouveau département collégial universitaire chez Beauchemin et la filiale de l’Harmattan (France) au Québec. J'ai aussi assuré la production et la direction d’un magazine L’art de vivre en entreprise pour Silentio.

 

Pour ce faire, il fallait comprendre et faire siens les enjeux d’un autre entrepreneur, d’une entreprise établie. Dans les trois cas, il s’agissait de partir de zéro, d’avoir une vision de la structure à monter et de l’objectif à atteindre, de développer un projet, de réunir les bons talents pour y arriver, de tisser les réseaux pour être reconnu dans un nouveau milieu. Il ne s’agissait pas d’expériences sans lendemain, mais de structures qui allaient fonctionner même après mon passage.

 

Le développement des affaires

 

Citons le cas des Presses de l’Université Laval, lesquelles, comme toutes les presses universitaires, ont dû un jour trouver des solutions pour rentabiliser leurs opérations sans le soutien de l’institution.

 

Ici, le but premier était de développer des affaires, de générer rapidement et durablement des revenus. Vous me direz que c’est toujours le cas en affaires. N'empêche qu'il faut aussi prioriser les besoins, lesquels demandaient ici une forte mobilisation, une propension à créer des partenariats, à susciter l’adhésion de clients et de collaborateurs.

 

Ces exemples de réalisation personnels révèlent quelques-unes des formes que peut prendre l’intrapreneuriat. Mais il y en a d’autres.

 

La relève d’une entreprise existante

 

Le site intrapreunariat.org présente avec force détails la situation de l’intrapreneur – souvent un employé de l’entreprise hôte, éventuellement un des enfants du propriétaire – qui développe un projet utile à l’entreprise sous la tutelle de son mentor, le propriétaire.

 

Même si cette vision de l’intrapreneuriat est restreinte (celle de la jeune relève familiale), on trouve beaucoup de conseils et de renseignements très utiles sur ce site.

 

On l’aura compris, l’intrapreneur est ici vu comme un futur entrepreneur auquel on offre la possibilité de déployer à l’intérieur d’une entreprise d’accueil un projet innovant en lui donnant le temps, les ressources financières et humaines, et le soutien en gestion nécessaires à son apprentissage et à sa réussite.

 

Un effet de levier et d’innovation

 

Le site wikiberal.org, un site encyclopédique français qui réunit plus de 5000 textes libéraux, propose une définition légèrement différente qui souligne l’effet de levier et d’innovation dû aux « interrelations entre les compétences internes intrapreneuriales et celles qui vont émerger du futur grâce à l’intégration de nouvelles ressources intrapreneuriales externes et complémentaires. »

  

Une façon de croître 

 

Il existe des personnes qui excellent dans l’intrapreneuriat et qui peuvent y consacrer leur vie. Elles épousent des causes et deviennent la main qui développe les projets, assurent la cohésion des équipes ou le passage d’une culture d’entreprise à une autre, notamment dans le cas des organisations qui grandissent par acquisitions. Les exemples sont plus nombreux qu’on ne le croit. Je pense notamment à GLV qui, grâce à une poignée d’hommes audacieux, a pu développer et remettre en route pas moins de 90 rachats et fusions d’entreprises en moins de 35 ans alors que le leader, visionnaire, repérait les prochaines cibles.


Bref, bien avisés sont les entrepreneurs qui osent repérer et s’entourer d’intrapreneurs… pourvu que leurs valeurs coïncident et que leurs compétences soient complémentaires.


Isabelle Quentin est maître-éditeur et stratège en communications d'entreprise.


Photo Évelyne Deshaies. Tiré de Laurent Verreault et GLV. Voulez-vous danser? Isabelle Quentin éditeur.