PHYSIOLOGIE DE L'ODORAT ET POUVOIR DE L'ODEUR SUR L'HUMAIN - PARTIE 1

L'odeur influence le comportement de l'homme

Qu’est ce qu’une odeur ?

Une odeur est une perception qui résulte de l’activation du système olfactif par une ou des substances chimiques odorantes. Pour qu’une substance possède des propriétés odorantes, il faut qu’elle ait un poids moléculaire modéré, et d’autres caractéristiques (volatilité) qui vont au moins lui assurer de se trouver dans l’air que nous respirons. 

Quel lien entre molécules et odeurs ? Bien qu’il n’existe aucune règle entre une famille chimique (acide, alcool…) et un type d’odeur (floral, vert, boisé, iodé…), la présence de certains groupes chimiques confère aux molécules qui les portent, une odeur spécifique. 

Le nez : 

Un produit odorant qui pénètre dans le nez ne devient une odeur que s’il est détecté par la muqueuse olfactive. Celle-ci porte des cellules nerveuses (neurones) qui transforment le message chimique en influx nerveux interprétable par le cerveau. Les cavités de l’organisme sont recouvertes d’épithéliums qu’on appelle muqueuses car elle sont enduites d’un mucus qui joue un rôle protecteur.  La muqueuse olfactive tapisse l’intérieur de chaque cavité nasale. Chez les chiens, sa surface peut atteindre 200 cm2. Chez l’homme, située entre les deux yeux, elle ne mesure que 5 cm2. C’est le seul tissu nerveux au contact de l’extérieur et ainsi exposé aux agressions. Pour y faire face, il se renouvelle pendant toute la vie. C’est la neurogenèse. Au delà de l’olfaction, elle est capital pour le renouvellement du système nerveux. 

Les neurones olfactifs : 

Ils assurent la réception des molécules odorantes qui sont inspirées dans la cavité nasale et atteignent la muqueuse. Ces neurones sont équipés de récepteurs. Chaque neurone ne porte qu’une seule variété de récepteurs. La plupart des odeurs sont complexes, c’est à dire qu’elles sont composées de plusieurs molécules odorantes. Ainsi une odeur est captée par différents types de récepteurs olfactifs. L’être humain dispose d’environ 400 types de récepteurs olfactifs différents, qui vont s’activer de manière différente en fonction des molécules odorantes qu’il respire. Si la perception d’un type de molécule peut être vue comme un accord musical sur un piano de 400 touches, la perception temporelle d’un mélange complexe est alors une symphonie d’une extraordinaire complexité. On apprend que l’absence d’un type de récepteurs ou tout autre perturbation dans la perception du signal va engendrer des différences dans l’odeur que l’on peut ressentir. Une fois «fixées» dans un récepteur, les molécules odorantes vont déclencher une à deux cascades de réactions chimiques à l’intérieur du neurone qui correspondent aux deux voies principales de signalisation intracellulaire. Il s’agit d’une étape de la transduction olfactive qui constitue un deuxième niveau d’intégration périphérique du signal olfactif. Les règles qui régissent leur mise en jeu ne sont pas à ce jour complètement établies. Le signal est ensuite envoyé vers le bulbe olfactif qui a la capacité de renouveler certains de ses neurones. C’est la neurogenèse. 

Bulbe olfactif et neurogenèse : 

Le bulbe olfactif est une petite structure située sur le plancher de la boîte crânienne qui traite le message olfactif en provenance de la cavité nasale. On a longtemps pensé que les neurones formés à l’état embryonnaire était un stock définitif. Or, ce dogme s’est effondré lorsqu’il a pu être démontré, que par l’apprentissage, leur nombre augmente et nécessaire pour mémoriser deux odeurs très semblables à l’origine. L’intégration permanente de nouveaux neurones dans le réseau neuronal bulbaire permet au système d’être très plastique, et ainsi de s’adapter à un environnement en perpétuel changement : les nouveaux neurones modifient la représentation neurale de l’odeur en fonction des besoins éthologiques, de la pertinence et de la signification acquise par l’odeur avec l’expérience. 

Le cerveau olfactif : 

Du bulbe olfactif, l’information olfactive est transmise aux cortex olfactifs primaires. Toutes ces aires forment un large réseau fortement interconnecté. Les neurones de ces régions se projettent ensuite sur l’hippocampe et le thalamus, ainsi que sur les cortex olfactifs secondaires. Il est intéressant de noter que le système olfactif se distingue des autres systèmes sensoriels par une double particularité. Premièrement, l’information sensorielle ne passe pas par le thalamus avant d’atteindre le cortex primaire olfactif. Deuxièmement, seuls ou deux ou trois neurones séparent les neurorécepteurs des régions cérébrales fortement impliquées dans les émotions (amygdale) et la mémoire (cortex entorhinal, hippocampe). Il existe donc un lien anatomique privilégié entre olfaction, émotion et mémoire. 

Parfums et odeurs : une chimie guidée par les émotions : 

Nous ressentons tous les fragrances d’un parfum de manière différente et ceci dépend de nos souvenirs olfactifs. Autant un cube rose est facile à décrire, autant l’odeur d’une orchidée est difficile à exprimer. Même à force de métaphores, l’exercice se révèle difficile. Pourtant, comme expliqué plus haut, sur un plan physiologique du moins, nous sommes tous identiques. Le parfum est le lien le plus fort avec l’émotion. Un parfum est comme une musique olfactive. Il a pris sa place dans l’univers des odeurs dès notre naissance. Nous retenons d’abord l’odeur de notre mère, puis au fil des années, celle de l’herbe, des gâteaux sortant du four, de la barbe à papa, du papier, de l’encre, des promenades en forêt….Mille odeurs qui vont dessiner un immense répertoire olfactif dans lequel nous puisons sans cesse. Il suffit de sentir l’odeur pour être à nouveau submergé par l’émotion qui lui est liée. C’est la petite touche de réglisse qui nous fait basculer dans les bocaux de bonbons de notre enfance et nous invite à la légèreté. Ce peut être une note qui nous rappelle un amour passé….

Parfois consciente, souvent inconsciente, cette réaction est toujours difficile à analyser. On ne fait pas forcément le lien entre un parfum et une image du passé, comme on ne sait pas toujours mettre des mots sur l’émotion qui réveille une odeur. L’explication : c’est tout simplement que les voies de l’olfaction ne sont pas connectées avec les centres du langage . Il est un stimulateur de souvenirs. Mais, conjugué au présent, il permet aussi d’habiller nos émotions, de traduire nos humeurs.   

Aromachologie ou l’art d’influencer nos humeurs :  

De nombreux résultats d'expériences établissent désormais ce que l'homme savait intuitivement depuis la nuit des temps : les fragrances jouent un rôle sur notre psychisme, sur la régulation des grandes fonctions vitales de notre organisme et même sur nos facultés intellectuelles.
L'aromachologie, aspect récent de l'aromathérapie, étudie les effets des odeurs sur le psychisme et sur l'humeur en réponse à une stimulation olfactive. Au royaume des mille et une odeurs, cette discipline, qui vient des mots «arôme» et «psychophysiologie», nous offre un voyage dans des fragrances apaisantes, relaxantes ou dynamisantes.

Au Japon, il existe des diffuseurs d'odeurs dans les entreprises pour chaque moment de la journée : une odeur choisie pour le matin afin de maintenir l’énergie des employés, une autre pour l'après-midi pour favoriser la concentration. Depuis quelques années, le développement des neurosciences vient conforter cette théorie, suscitant de nouveaux développements en marketing et en neuropsychologie. 

Ainsi, nous comprenons combien l’odeur est puissante sur l’humain et que le marché de l’olfactif a un  grand avenir en nous menant par le bout du nez ...